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À qui profite réellement le changement de Constitution en RDC ? L’insoutenable vertige des milliards empruntés face à un peuple oublié

Par la rédaction d'Investigation Citoyenne — Publié le samedi 13 juin 2026

« Modifier les règles du jeu institutionnel alors que les indicateurs sociaux sont au rouge vif pose la question des véritables bénéficiaires de cette réforme. Ce ne sont pas les textes juridiques qui créent la richesse, mais l'intégrité de la gouvernance. »

Alors que le débat politique congolais s'enflamme autour d'une révision constitutionnelle majeure poussée par le pouvoir en place, une question fondamentale demeure occultée : en quoi la loi fondamentale actuelle empêche-t-elle le bien-être social ? L'argument d'une Constitution obsolète ou bloquante peine à masquer un bilan macroéconomique alarmant, marqué par une explosion de la dette souveraine et une précarisation continue de la population.

Depuis l’accession de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême de la République Démocratique du Congo, le narratif officiel vante des partenariats stratégiques et des levées de fonds historiques auprès des institutions financières internationales. Pourtant, sur le terrain, le panier de la ménagère ne cesse de s'alléger, le franc congolais subit des dépréciations chroniques, et l’accès aux services de base (eau, électricité, santé) relève du miracle quotidien pour la majorité des citoyens. Le peuple ne profite de rien.

La Constitution : un bouc émissaire institutionnel ?

Dans les discours partisans, la Constitution de 2006 est présentée comme le frein principal au décollage du pays. Mais une lecture rigoureuse des faits pose un diagnostic tout autre.

• Des déplacements sans impact : Est-ce la Constitution qui dicte le rythme effréné des voyages présidentiels à travers le globe, souvent sans retombées tangibles pour le tissu économique local ?

• Une opacité financière rampante : Est-ce le texte fondamental qui valide l'opacité de certains circuits financiers ou les soupçons de détournements de fonds qui entachent les relations d'affaires entre Kinshasa, Bruxelles et d'autres places financières internationales au profit d'un cercle d'amis politiques ?

La réalité est que les cadres légaux actuels offrent toutes les prérogatives nécessaires pour mener des réformes structurelles d'envergure, assainir les finances publiques et redistribuer les richesses nationales. L'urgence d'une refonte constitutionnelle apparaît dès lors déconnectée des priorités vitales de la population.

L’inventaire des milliards : Où va l'argent de la RDC ?

Pour comprendre le fossé qui sépare la haute sphère politique du quotidien des Congolais, il convient d'analyser les engagements financiers majeurs conclus ou ratifiés sous le mandat de Félix Tshisekedi. Des milliards de dollars américains ont été mobilisés au nom de l'État congolais sans qu'aucun dividende social ne soit visible.

Date de signature / accord Montant Créancier / partenaire Objet et contexte réel

24 octobre 2019 (Ratification sous Tshisekedi) 100 millions USD Banque mondiale Appui aux micro, petites et moyennes entreprises (PADMPME). L'accord initial avait été signé le 21 septembre 2018 puis ratifié sous son mandat.

Juillet 2021 (Programme FEC) 1,5 milliard USD Fonds monétaire international Programme triennal de Facilité Élargie de Crédit pour soutenir les finances publiques et les réformes économiques. Le programme a fait l'objet de plusieurs décaissements jusqu'en 2024.

14 mars 2024 7 milliards USD (Révision globale) Sicomines / Groupement d'entreprises chinoises Signature du 5e avenant au contrat minier sino-congolais. Il s'agit d'un accord d'investissement et d'infrastructures.

Novembre 2024 (Accord au niveau des services) 2,8 milliards USD (Sur 3 ans) Fonds monétaire international Nouveau programme triennal négocié entre la RDC et le FMI (1,7 Md FEC + 1,1 Md RST).

21 juin 2025 Environ 1,9 à 2 milliards USD Banque mondiale Cinq accords de financement concernant notamment Inga III, les infrastructures, la gouvernance, le numérique et l'appui budgétaire.

Une vie sociale de mal en pire : le paradoxe congolais

L'alignement de ces chiffres donne le tournis : plus de 13 milliards de dollars engagés, révisés ou mobilisés à travers différents mécanismes en quelques années. Pourtant, la question que pose chaque citoyen dans les rues de Kinshasa, de Goma ou de Lubumbashi reste sans réponse : où est l'impact réel ?

Les programmes de soutien aux PME ou d'appui budgétaire peinent à se traduire par des créations d'emplois durables ou par une baisse des prix des produits de première nécessité. Les soupçons de rétrocommissions et les marchés de gré à gré accordés à des cercles d'influence basés à Bruxelles alimentent le sentiment d'une captation des ressources par une oligarchie déconnectée des réalités nationales.

Pendant que l'encours de la dette augmente, engageant le sort des générations futures, les salaires des fonctionnaires, des enseignants et des professionnels de la santé restent dérisoires face à une inflation galopante. Le changement de la Constitution, dans ce contexte, apparaît comme une manœuvre de diversion politique visant à pérenniser un système plutôt qu'à résoudre la crise sociale.

Conclusion : L'urgence est sociale, non constitutionnelle

La RDC n'a pas besoin d'une nouvelle ingénierie juridique pour nourrir son peuple ou pour garantir que l'argent des bailleurs internationaux serve effectivement à la construction des routes, des hôpitaux et des écoles. Ce qui manque cruellement, c'est une culture de redevabilité, une transparence de gestion et une lutte implacable contre l'impunité financière.

Modifier la Constitution pour répondre à des agendas politiques personnels, alors que le peuple ne profite d'aucun dividende de ces milliards empruntés, s'apparente à une rupture définitive du contrat social entre les gouvernants et le peuple souverain.

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